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Ce prince ne témoigna aucune joie du supplice de Cassius, et il ordonna d’inhumer sa tête. L’armée tua aussi Mécianus, fils de Cassius, lequel commandait dans Alexandrie, où il s’était donné un préfet du prétoire, qui fut massacré avec lui. Marc-Aurèle défendit au sénat de punir sévèrement les complices de cette révolte, et il demanda en même temps qu’aucun sénateur ne fût mis à mort, ne voulant pas imprimer cette tache à son règne. Il fit rappeler ceux qui avaient été déportés, et l’on n’exécuta qu’un très petit nombre de centurions. Il pardonna aux villes qui avaient fait cause commune avec Cassius ; il pardonna aux habitants d’Antioche, qui, favorables à ce rebelle, avaient débité une foule de calomnies contre l’empereur. Cassius leur avait accordé des spectacles, des assemblées publiques, et toutes sortes de libertés. Marc-Aurèle leur interdit tout cela par un édit des plus sévères. On peut juger de leur esprit séditieux par le discours que cet empereur tint alors à ses amis, et que rapporte Marius Maximus. Antonin refusa d’entrer dans Antioche, en allant en Syrie ; il ne voulut pas voir non plus l’île de Cypre, où était né Cassius.

XXVI.

Il se rendit à Alexandrie, et usa de clémence envers les habitants de cette ville. Il entra, dans la suite, à Antioche. Il fit des traités avec un grand nombre de princes étrangers, et il renouvela la paix avec tous les rois et avec les ambassadeurs des Perses, qui étaient venus au devant de lui. Il fut très aimé dans toutes les provinces de l’Orient, et il y laissa des témoignages de sa philosophie. Il se conduisit chez les Egyptiens en citoyen et en philosophe, dans leurs assemblées, dans leurs temples, partout. Il ne montra aucun ressentiment aux Alexandrins, qui avaient fait des vœux pour Cassius ; il laissa même sa fille parmi eux.

Il perdit subitement son épouse Faustine dans le bourg d’Halala, au pied du mont Taurus. Il demanda pour elle au sénat les honneurs divins et un temple, et il prononça son éloge, malgré la réputation d’impudicité qui pesait sur elle, et qu’il ignora toujours, ou qu’il feignit d’ignorer. Il institua, en mémoire de Faustine, une communauté de vierges Faustiniennes. Il remercia le sénat d’avoir accordé les honneurs de l’apothéose à cette impératrice, qui, l’ayant suivi dans toutes ses campagnes, avait mérité d’être appelée la mère des soldats. Il fit une colonie du bourg où elle était morte, et il lui bâtit un temple, qui fut dédié, dans la suite, à Héliogabale.

Toujours porté à la clémence, il souffrit, mais n’ordonna pas la mort de Cassius. Héliodore, fils de ce rebelle, fut déporté : ses autres complices purent choisir le lieu de leur exil, et conservèrent une partie de leurs biens. Quant à ses fils, ils obtinrent plus de la moitié de la fortune de leur père, et l’empereur y ajouta de l’or et de l’argent : les femmes reçurent même de lui des bijoux. Alexandria, fille de Cassius, et Druncianus, son gendre, eurent la liberté d’aller où ils voudraient, et l’empereur les recommanda au mari de sa tante. En un mot, il gémit de la mort de Cassius, disant qu’il aurait voulu passer son règne sans verser le sang d’un sénateur.

XXVII.

Quand il eut réglé les affaires d’Orient, il fut à Athènes, où, pour prouver son innocence, il se rendit dans le temple de Cérès,