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PRINCE ERRANT

d’un bon patriote, et vraies comme l’Évangile. Quant au prince, s’il voulait seulement étrangler sa femme, moi, pour ma part, je lui pardonnerais peut-être bien encore.

— Non, Fritz, cela ne serait qu’ajouter le crime au péché. Et, s’adressant de nouveau au malheureux prince : car vous observerez, continua le vieillard, que cet Othon ne peut s’en prendre qu’à lui-même de tous ces désordres : il a sa jeune femme, il a sa principauté, et il a juré de les chérir toutes les deux.

— Juré à l’autel, répéta Fritz. Mais ayez donc foi dans les serments des princes !

— Hé bien ! Monsieur, poursuivit le fermier, toutes les deux il les abandonne à une espèce d’aventurier prussien. Sa jeune femme, il la laisse pécher et tomber de mal en pis, au point qu’on en parle dans toutes les guinguettes… et elle a vingt ans à peine ! Son pays, il le laisse écraser d’impôts, opprimer d’armements, pousser à la guerre.

— La guerre ! s’écria Othon.

— On le dit, Monsieur, ceux qui observent ces manèges disent que c’est la guerre. Tout cela, voyez-vous, Monsieur, est bien triste. C’est une chose terrible que cette jeune femme se préparant ainsi à descendre en enfer toute chargée des malédictions du peuple. C’est une chose terrible pour un petit État si gentil, si prospère, d’être mal gouverné. Mais s’en plaigne qui peut, Othon du moins n’en a pas le droit, suivant mon humble opinion. Il reçoit selon ses œuvres : puisse le ciel faire miséricorde à son âme ! C’est celle d’un grand et stupide pécheur.