Page:Stevenson - Le Roman du prince Othon.djvu/234

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
218
LE ROMAN DU PRINCE OTHON

M’êtes-vous fidèle, ou êtes-vous un traître ? Regardez dans votre cœur et répondez. C’est votre cœur que je veux connaître.

— Nous y voilà ! pensa Gondremark. — Vous, Madame, s’écria-t-il en faisant un pas en arrière, craintivement eût-on dit, mais non sans une joie timide, c’est vous, c’est vous-même qui me commandez de regarder dans mon cœur !

— Pensez-vous que j’aie peur ? dit-elle en le regardant, le teint si coloré, les yeux si ardents, et sur les lèvres un sourire d’une signification si profonde, que le baron chassa ses derniers doutes.

— Ah ! Madame, s’écria-t-il en se laissant tomber à genoux. Séraphine ! Me le permettez-vous vraiment ? Auriez-vous deviné mon secret ? Eh, bien, oui, c’est vrai… Avec joie je place ma vie en votre pouvoir. Je vous aime, je vous aime avec ardeur, comme une égale, comme une maîtresse, comme un frère d’armes, comme une femme adorable, désirée, douce… Ô mon épouse, s’écria-t-il, tombant dans le dithyrambe, ô épouse de ma raison et de mes sens, aie pitié…pitié de mon amour !

Elle l’écouta, avec étonnement d’abord, puis avec rage, et enfin avec mépris. Les paroles de cet homme l’offensaient jusqu’à l’écœurement. En le voyant se vautrer lourdement sur le parquet, elle se sentait prise de ce rire qu’on ne connaît que dans le cauchemar.

— Quelle honte ! cria-t-elle. Ah ! odieux… grotesque ! Que dirait la comtesse !

Pendant quelques instants le grand baron de Gondremark, cet excellent politique, demeura à genoux dans un état d’esprit qu’il vous est sans