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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/85

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M. Forsyth sur le trottoir de John Street, à Bloomsbury ; et, à peu près au même moment, Miss Hazeltine fut appelée à la porte du numéro 16 de cette rue par un coup de sonnette d’une énergie foudroyante.

M. Gédéon Forsyth était un jeune homme assez heureux, mais qui aurait été plus heureux encore avec de l’argent en plus et un oncle en moins. Cent vingt livres par an constituaient tout son revenu ; mais son oncle, M. Edouard H. Bloomfield, renforçait ce revenu d’une légère subvention et d’une masse énorme de bons conseils, exprimés dans un langage qui aurait probablement paru d’une violence excessive à bord même d’un bateau de pirates.

Ce M. Bloomfield était, en vérité, une figure essentiellement propre à l’époque de M. Gladstone. Ayant acquis de l’âge sans acquérir la moindre expérience, il joignait aux sentiments politiques du parti radical une exubérance passionnée qu’on est plus habitué à regarder comme l’apanage traditionnel de nos vieux conservateurs. Il admirait le pugilat, il portait un formidable gourdin à nœuds, il était assidu aux services religieux : et l’on aurait eu de la peine à dire de qui sa colère sévissait le plus volontiers, de ceux qui se permettaient de défendre l’Église Éta-