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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/68

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m’arrête seulement une minute, au passage, pour faire descendre un vieux monsieur qui veut dîner et se loger. Mais, vous savez, prenez garde à lui ! Il est pire qu’un membre de la Ligue anti-alcoolique !

M. Finsbury eut quelque peine à descendre ; car la longue immobilité, sur le siège, l’avait engourdi, et puis il ressentait encore la secousse de la catastrophe. L’amical M. Watts, malgré l’avertissement du camionneur, le reçut avec une courtoisie parfaite, et le fit entrer dans la petite salle du fond, où il y avait un excellent feu dans la cheminée. Bientôt, une table fut servie, dans cette même salle, et le vieillard fut invité à s’asseoir devant une volaille étuvée — qui paraissait l’avoir attendu depuis plusieurs jours — et un grand pot d’ale fraîchement tirée du tonneau.

Ce souper lui rendit toute sa verdeur : de telle sorte que, lorsqu’il eut achevé de se régaler, il alla s’installer plus près du feu, et se mit à examiner les personnes assises aux tables voisines. Il y avait là une dizaine de buveurs, d’âge mûr pour la plupart, et — Joseph Finsbury eut une véritable satisfaction à le constater — appartenant tous à la classe ouvrière. Souvent déjà le vieux conférencier avait eu l’occasion de constater deux des traits les plus constants du caractère des hommes de