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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/41

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la pelisse de martre, le drap à ventilation, la flanelle hygiénique, — tout, jusqu’aux bottines de santé de MM. Dall et Crumbie, — tout attestait que ce corps était celui de l’oncle Joseph. Seule, la casquette à visière pointue devait s’être égarée dans le cataclysme, car le mort était tête nue.

— La pauvre vieille bête ! fit Jean, avec une pointe de véritable émotion. Je donnerais bien, dix livres pour que nous ne l’eussions pas embarqué dans ce train !

Mais c’était une émotion d’une tout autre nature qui se lisait sur le visage de Maurice, pendant qu’il restait penché sur le cadavre. Il songeait à cette nouvelle et suprême injustice de la destinée. Il avait été volé de 7.800 livres pendant qu’il était un orphelin en tutelle ; il avait était engagé par force dans une affaire de cuirs qui ne marchait pas ; il avait été encombré de Miss Julia ; son cousin avait projeté de le dépouiller du bénéfice de la tontine ; il avait supporté tout cela, — il pouvait presque dire avec dignité, — et voilà maintenant qu’on lui avait tué son oncle !

— Vite ! dit-il à son frère, d’une voix haletante, prends-le par les pieds ; il faut que nous le cachions dans le bois ! Je ne veux pas que d’autres puissent le trouver !

— Quelle farce ! s’écria Jean. À quoi bon ?