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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/316

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— Allons ! reprit l’orateur, donne-moi un verre de champagne, avant mon filet de sole ! Et moi qui me figurais que je n’aimais pas ça, le filet de sole !… Dis donc — ajouta-t-il avec une nouvelle explosion de rage — sais-tu comment je suis venu jusqu’ici ?

— Non, Jeannot, comment le saurais-je ? répondit l’obséquieux Maurice.

— Eh bien ! je suis venu sur mes pattes ! cria Jean. Oui, mon ami, j’ai fait sur mes dix doigts tout le chemin, depuis Browndean, et j’ai mendié tout le long de la route ! Je voudrais un peu te voir mendier, Maurice Finsbury ! Ce n’est pas aussi facile que tu pourrais le supposer ! Je me suis fait passer pour un pêcheur de Blyth, victime d’un naufrage. Je ne sais pas où cela se trouve, Blyth ; et toi, le sais-tu ? Mais j’ai pensé que cela avait un air naturel, à le dire ainsi sur la grand-route. J’ai demandé l’aumône à une vilaine petite bête de gamin qui revenait de l’école, et il m’a donné deux sous, et il m’a dit de lui enrouler une ficelle autour de sa toupie. Et je l’ai fait, et fort bien fait, mais il a déclaré que ce n’était pas ça ! Et il a couru derrière moi en me réclamant ses deux sous ! Après cela, j’ai demandé l’aumône à un officier de marine. Celui-là ne m’a pas confié sa toupie, il m’a simplement donné une petite brochure sur