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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/315

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pommes de terre, un pudding, un morceau de chester ; en un mot, un repas foncièrement anglais, mais, comme l’avait souhaité le Grand Vance, « de premier choix ».

— Ah ! que Dieu soit loué ! s’écria le jeune voyageur en s’installant à table. (Et sa joie devait être, en vérité, bien vive, pour le ramener ainsi par surprise à la pieuse cérémonie du benedicite, dont il avait depuis longtemps perdu l’habitude !) Mais non ! poursuivit-il, je vais aller manger dans ce fauteuil là-bas, près du feu : car voilà deux jours que je gèle, et j’ai besoin de me réchauffer à fond ! Je vais aller me mettre là-bas, et toi, Maurice Finsbury, tu vas rester debout, entre la table et moi, et me servir !

— Mais, Jeannot, c’est que j’ai faim, moi aussi ! dit Maurice.

— Tu pourras manger ce que je laisserai ! répliqua le Grand Vance. Ha ! mon petit, ceci n’est que le début de notre règlement de comptes ! Tu as perdu la belle : tu vas avoir à casquer ! Gardez-vous de réveiller le lion britannique !

Il y avait quelque chose de si indescriptiblement menaçant dans les yeux et dans la voix du Grand Vance, pendant qu’il proférait ces locutions proverbiales, que l’âme de Maurice en fut épouvantée.