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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/294

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Vers deux heures et demie, ce même dimanche, le vaste et morne hall vitré de la Gare de Waterloo dormait, silencieux et désert, comme le temple d’une religion morte. Çà et là, sur quelques-uns des innombrables quais, un train attendait patiemment ; çà et là résonnait l’écho d’un bruit de pas, et, par instants, s’y mêlait le choc d’un sabot de cheval contre le pavé desséché, dans la cour extérieure où stationnaient les fiacres. Le quai des trains de banlieue sommeillait, comme les autres. Les kiosques à journaux étaient fermés ; des rideaux de fer rouillés y cachaient les romans de M. Rider Haggard, dont les couvertures richement illustrées égaient et réconfortent au passage l’âme du voyageur, les jours de semaine. Les rares employés qui étaient de service erraient vaguement, comme des somnambules. Et, chose à peine croyable, vous n’auriez pas même rencontré là, à cette heure, la dame d’âge mûr (en pèlerine d’ulster et avec un petit sac de voyage à la main), qui cependant semble faire partie essentielle de nos quais de gares.

À l’heure susdite, si une personne connaissant John Dickson (de Ballarat) et Ezra Thomas (des États-Unis d’Amérique) s’était par hasard trouvée devant la grande entrée de la Gare de Waterloo, elle aurait eu la satisfaction de voir ces deux