Ouvrir le menu principal

Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/277

Cette page a été validée par deux contributeurs.


maintenant, si vous le voulez bien, je vais vous souhaiter une bonne journée !

« Me souhaiter une bonne journée ! » songea Maurice, resté seul. Dès la minute suivante, il avait empoigné son chapeau, et s’était enfui de son cabinet, comme un fou. Ce ne fut qu’au bout de trois rues qu’il s’arrêta, pour grogner : « Mon Dieu ! grogna-t-il, j’aurais dû emprunter de l’argent au gérant ! Mais, à présent, il est trop tard. Impossible de retourner pour cela ! Non, c’est clair ! Je suis sans le sou, absolument sans le sou, comme les ouvriers sans travail ! »

Il rentra chez lui, et s’assit mélancoliquement dans la salle à manger. Jamais Newton n’a fait un effort de pensée aussi vigoureux que celui que fit alors cette victime des circonstances : et cependant l’effort resta stérile. « Je ne sais pas si cela tient à un défaut de mon esprit, se dit-il : mais le fait est que je trouve que ma malchance a quelque chose de contre-nature. Ça vaudrait la peine d’écrire au Times, pour signaler le cas ! Que dis-je ? Ça vaudrait la peine de faire une révolution ! Et le plus clair de l’affaire, c’est qu’il me faut tout de suite de l’argent ! La moralité, je n’ai plus à m’en occuper : j’ai depuis longtemps dépassé cette phase ! C’est de l’argent qu’il me faut, et tout de suite ; et la seule chance que j’aie de m’en procurer, c’est