Ouvrir le menu principal

Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/252

Cette page a été validée par deux contributeurs.


regardait, derrière lui, et comptait la valeur des colis divers que contenait la carriole s’efforçant de deviner le contenu des nombreux paquets entourés de papier gris, de l’importante corbeille, de la caisse de bois blanc ; et se disant que le grand piano, soigneusement emballé dans sa caisse toute neuve, pourrait être en somme une assez bonne affaire, s’il n’y avait pas, du fait de ses dimensions, une difficulté considérable à l’utiliser. Et l’inconnu regardait devant lui, et il apercevait, dans un coin de la prairie, un petit cabaret rustique tout entouré de roses. « Ma foi, je vais toujours essayer le coup ! » conclut-il. Et, aussitôt, il proposa un verre d’eau-de-vie.

— C’est que… je ne suis pas buveur ! dit Harker.

— Écoutez-moi ! interrompit son compagnon. Je vais vous dire qui je suis ! Je suis le sergent Brand, de l’armée coloniale. Cela vous suffira pour savoir si je suis ou non un buveur !

Peut-être la révélation du sergent Brand n’était elle pas aussi significative qu’il le supposait. Et c’est dans une circonstance comme celle-là que le chœur des tragédies, grecques aurait pu intervenir avec avantage, pour nous faire remarquer que le discours de l’inconnu ne nous expliquait que très insuffisamment ce qu’un sergent de l’armée coloniale avait à faire, le soir, vêtu de haillons,