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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/249

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Du fond de son humiliation, Harker considéra l’homme qui venait de parler. Il vit un solide gaillard d’une quarantaine d’années, hâlé de soleil, rasé, et qui escortait la carriole avec une démarche toute militaire, en faisant tourner un gourdin dans sa main. Ses vêtements étaient en très mauvais état : mais il paraissait propre et plein de dignité.

— Je ne suis qu’un pauvre commençant, murmura le pauvre Harker, je ne croyais pas que quelqu’un m’entendît !

— Eh bien ! vous me plaisez ainsi ! dit l’homme. Vous commencez peut-être un peu tard, mais ce n’est pas un mal. Allons, je vais moi-même vous aider un peu ! faites-moi une place à côté de vous !

Dès l’instant suivant, l’homme à l’allure militaire était assis sur le siège, et tenait en main le flageolet. Il secoua d’abord l’instrument, en mouilla l’embouchure, à la manière des artistes éprouvés, parut attendre l’inspiration d’en haut, et se lança enfin dans la Fille que j’ai laissée derrière moi. Son exécution manquait peut-être un peu de finesse : il ne savait pas donner au flageolet cette aérienne douceur qui, entre certaines mains, fait de lui le digne équivalent des oiseaux des bois. Mais pour le feu, la vitesse, et l’aisance