Ouvrir le menu principal

Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/227

Cette page a été validée par deux contributeurs.


entendait flotter dans l’air son charmant petit rire. — Il faut absolument que nous fassions connaissance avec ce M. Jimson ! Je suis sûr qu’il doit être bien intéressant !

— Pardon, mademoiselle, mais il faut que je m’en aille ! On m’attend à Haverham !

— Oh ! que je ne vous retienne pas, mon brave homme ! dit Julia. Bon après-midi !

— Et à vous pareillement, mademoiselle !

Gédéon se tenait assis dans sa cabine, en proie aux pensées les plus harcelantes. Il se voyait ancré à ce pavillon pourri, attendant la venue d’un cadavre intempestif : et voilà que, autour de lui, les curiosités s’agitaient, voilà que de jeunes dames se proposaient de venir l’épier la nuit, en façon de partie de plaisir ! Cela signifiait les galères pour lui ; mais ce n’était pas cela encore qui l’affligeait le plus. Ce qui l’affligeait surtout, c’était l’impardonnable légèreté de Julia. Cette jeune fille était prête à faire connaissance avec le premier venu ; elle n’avait aucune réserve, rien de l’émail d’une personne comme il faut ! Elle causait familièrement avec la brute qu’était son propriétaire ; elle se prenait d’un intérêt immédiat et franchement avoué pour la misérable créature qu’était Jimson ! Déjà, sans doute, elle avait formé le projet d’inviter Jimson à venir prendre le thé