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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/217

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entreprise presque impraticable. Lancer le corps par la portière d’un wagon, ou bien du haut de l’impériale d’un omnibus : hélas ! il n’y fallait point penser. Amener le corps sur un yacht et le noyer ensuite, oui, cela se concevait déjà mieux : mais que de dépenses, pour un homme de ressources restreintes ! La location du yacht, l’entretien de l’équipage, tout cela aurait été ruineux même pour un capitaliste. Soudain, Gédéon se rappela les pavillons, en forme de bateaux, qu’il avait vus la veille sur la Tamise. Et ce souvenir fut pour lui un trait de lumière.

Un compositeur de musique — appelé, par exemple, Jimson, — pouvait fort bien, comme jadis le musicien immortalisé par Hogarth, souffrir dans son inspiration du tapage de Londres. Il pouvait fort bien être pressé par le temps, pour achever un opéra : par exemple, un opéra-comique intitulé Orange Pekoe ; une légère fantaisie chinoise dans le genre du Mikado. Orange Pekoe, musique de Jimson — « le jeune maestro, un des maîtres les mieux doués de notre nouvelle école anglaise — le ravissant quintette des mandarins, une vigoureuse entrée des batteries, etc., etc., » d’un seul coup, le personnage complet de Jimson, avec sa musique, se dressa en pied dans l’esprit de Gédéon. Quoi de plus naturel, quoi de