Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/213

Cette page a été validée par deux contributeurs.


décision. Aussi ne pouvait-il pas douter que Robert Skill, dans une circonstance pareille à celle où il se trouvait lui-même, aurait certainement agi de la façon la plus sage et la meilleure possible. Restait seulement à savoir ce qu’il aurait fait. « Quelle qu’eût été sa décision, se dit encore le jeune romancier, Robert Skill l’eût exécutée séance tenante. » Mais lui-même, malheureusement, ne voyait devant lui, pour l’instant qu’une seule chose à faire, qui était de s’en retourner dans sa chambre, son dîner fini. Et c’est donc ce qu’il fit séance tenante, à l’imitation de son noble héros.

Mais, quand il fut rentré chez lui, il s’aperçut que décidément aucune inspiration ne lui venait en aide. Et il se tint debout, sur le seuil, considérant avec stupeur l’instrument mystérieux. Toucher au clavier, une fois de plus, c’était au-dessus de ses forces : que le piano eût gardé son incompréhensible silence, ou qu’il lui eût répondu par tous les fracas des trompettes du jugement dernier, il sentait que sa frayeur n’aurait pu que s’en accroître. « Ce doit être une farce qu’on m’aura faite ! songea-t-il, encore qu’elle me semble bien laborieuse et bien coûteuse ! Mais si ce n’est pas une farce, qu’est-ce que cela peut être ? En procédant par élimination, comme a procédé Robert Skill pour découvrir l’auteur de l’assassinat de