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voyageurs, il était retourné chez lui pour lire des romans ; et, maintenant, pendant que le train l’emportait à Hampton Court, c’étaient elles encore qui formaient la base fondamentale de ses viriles rêveries. Et quand il descendit du train et commença à se recueillir, pour la délicate mission dont il s’était chargé, toujours encore il avait dans les yeux le fin visage de Julia, et dans les oreilles les paroles d’adieu de son oncle Edouard.

Mais bientôt de grosses surprises commencèrent à pleuvoir sur lui. Il apprit d’abord que, dans tout Hampton Court, il n’y avait aucune villa Kurnaul, aucun comte Tarnow, ni même absolument aucun comte du tout. Cela était fort étrange, mais, en somme, il ne le jugea point tout à fait inexplicable. M. Dickson avait si bien déjeuné qu’il pouvait s’être trompé en lui donnant l’adresse. « Que doit faire, en pareille circonstance, un homme pratique, avisé, et ayant l’habitude des affaires ? » se demanda Gédéon. Et il se répondit aussitôt : « Télégraphier une dépêche brève et nette ! » Dix minutes après, nos fils télégraphiques nationaux transmettaient à Londres l’importante missive que voici : « Dickson, Hôtel Langham, Londres. Villa et personne inconnues ici ; suppose erreur d’adresse ; arriverai par train suivant. Forsyth. » Et, en effet, Gédéon lui-même