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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/196

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vin, et y tenait beaucoup ; mais, dès la seconde suivante, il sortit sans répondre un mot. Il avait compris que, en le dépouillant ainsi de la crème de sa cave, Michel s’était imprudemment exposé, et livré à lui.

« Une bouteille ? se dit-il. Par saint Georges, je vais lui en donner deux ! Ce n’est pas le moment de faire des économies ; et, une fois que l’animal sera complètement ivre, ce sera bien le diable si je n’arrive pas à lui arracher son secret ! » Ce fut donc avec une bouteille sous chaque bras qu’il rentra dans la salle à manger. Il prit deux verres dans le buffet, et les remplit avec une grâce hospitalière.

— Je bois à votre santé, mon cousin ! s’écria-t-il gaiement. N’épargnez pas le vin, dans ma maison !

Debout près de la table, Michel vida son verre. Il le remplit de nouveau, et revint s’asseoir dans son fauteuil, emportant la bouteille avec lui. Et bientôt trois verres de vieux champagne, absorbés coup sur coup, produisaient un changement notable dans sa manière d’être.

— Savez-vous que vous manquez de vivacité d’esprit, Maurice ! observa-t-il. Vous êtes profond, c’est possible : mais je veux être pendu si vous avez l’esprit vif !