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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/135

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ces choses-là ! se dit-il ; mais il y a tout de même quelque chose, là-dedans ! Il y a, dans cette figure, un je ne sais quoi d’altier, de grand, de vraiment distingué ! C’est précisément le même je ne sais quoi que j’ai essayé d’exprimer dans mon Impératrice Eugénie ! » soupira-t-il.

Et, tout le long de son chemin, jusqu’à son atelier, il songea à ce « je ne sais quoi ».

« Ce contact immédiat de la réalité, se dit-il, voilà ce qu’on ne vous apprend pas à Paris ! C’est un art anglais, purement anglais ! Allons mon pauvre vieux, tu t’es laissé encroûter ! secoue-toi ! Vise plus haut, Pitman, vise plus haut ! »

Tout le temps de son thé, et, plus tard, pendant qu’il donnait à son fils sa leçon de violon, l’âme de Pitman oublia ses soucis pour s’envoler au pays de l’idéal. Et, dès qu’il eut achevé la leçon, il courut s’enfermer dans son atelier.

La vue même du baril ne parvint pas à abattre son élan. Il se donna tout entier à son œuvre — un buste de M. Gladstone, d’après une photographie. Avec un succès extraordinaire, il vainquit la difficulté que lui offrait, en l’absence de tout document, le derrière de la tête de son illustre modèle ; et il allait attaquer les mémorables pointes du col de chemise, lorsque l’entrée de Michel Finsbury vint brusquement le rappeler à la réalité.