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IV

Persécutions que subit Mr. Henry


On devine sur quelle partie de ses aventures le colonel s’étendit principalement. À coup sûr, si nous les avions ouïes au complet, il est à croire que le cours des événements eût été modifié de beaucoup ; l’épisode du bateau pirate fut très expurgé. Et je n’entendis même pas jusqu’à la fin ce que le colonel voulut bien en révéler, car Mr. Henry, qui depuis un moment paraissait plongé en de sombres réflexions, se leva de son siège et (s’excusant auprès du colonel sur ce que des affaires le réclamaient) m’ordonna de le suivre au bureau.

Une fois là, il ne chercha plus à dissimuler son souci, et se mit à marcher de long en large avec un visage bouleversé, et se passant la main sur le front à diverses reprises.

– Nous avons à faire, commença-t-il enfin.

Mais il s’interrompit, déclara qu’il nous fallait boire un coup de vin et envoya chercher un magnum du meilleur. Ceci était tout à fait en dehors de ses habitudes et, davantage, quand le vin fut apporté, il avala coup sur coup deux verres, comme insoucieux de tout décorum. Mais de boire le remonta.

– Vous ne serez pas étonné, Mackellar, dit-il, d’apprendre que mon frère – que nous sommes tous heureux de savoir en sûreté – se trouve dans un certain besoin d’argent.