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Le temps étant calme et le vent bon, l’écoutille était ouverte, et il arrivait par là non seulement cette belle lumière du jour, mais encore, grâce au roulis du navire, de temps à autre un rayon de soleil, où se mouvaient les atomes de poussière, ce qui m’éblouissait délicieusement.

De plus, au premier mouvement que je fis, un des hommes m’apporta une boisson réconfortante, qu’avait préparée M. Riach, et me dit de me tenir tranquillement et que je ne tarderais pas à aller bien.

Il n’y avait pas de fracture, m’expliqua-t-il, ce n’était qu’une bosse, un coup sur la tête, ça ne comptait pas.

— Mon garçon, conclut-il, c’est moi qui vous l’ai donné !

Il me fallut rester là bien des jours sous bonne garde.

Non seulement j’y retrouvai la santé, mais encore j’y fis connaissance avec mes compagnons.

Ils étaient sans doute un peu rudes, comme la plupart des marins le sont, comme doivent l’être des hommes arrachés à tout ce qu’il y a de bon dans l’existence, et condamnés à être secoués ensemble par la fureur des mers, avec des maîtres qui l’égalent en cruauté.

Il y en avait parmi eux, qui avaient navigué avec des pirates, et avaient assisté à des scènes qu’il serait honteux de redire ; d’autres avaient déserté la marine royale et ils avaient, en quelque sorte, la corde au cou, ce dont ils ne se cachaient nullement ; tous étaient comme on dit bons pour un mot, bons pour un coup, avec leurs meilleurs amis.

Cependant, il n’y avait que peu de jours que j’étais enfermé avec eux que j’étais déjà confus du premier jugement que j’avais porté sur eux à Queen’s ferry où je les avais regardés comme d’ignobles brutes.