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Page:Stendhal - Vie de Rossini, Lévy, 1854.djvu/367

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358 ŒUVRES DE STENDHAL.

sont vides dMntérét et d’esprit, et qui sont écrites d*un ton trivial, comme celles de M ; ou celles qui ont une espèce de jargon qui ne peut être intelligible que pour la coterie de Tauteur, comme celles de M ; les tragédies dont le sujet est passionné, fort et terrible, et dont le style est faible et plat, ou quelquefois barbare, comme celles de M Enfin, je vous dirai, car il faut finir, que le maniéré, et même le^n, et surtout le fade y est pour moi comme la manne ou la tisane , d’un dégoût mortel , avec cette différence pourtant que la manne et la tisane pourraient cesser de m’étre antipathiques en me devenant nécessaires, et que le reste m’est et me sera également odieux dans tous les temps. A l’égard de mon attrait et de mon éloignement pour les personnes, il est absolument analogue à mes goûts ou à mon aversion pour les choses. J’aime mieux une béte qu’un sot ; j’aime mieux un homme sensible qu’un homme spirituel ; j’aime mieux une femme tendre qu’une femme raisonnable ; je préfère la rusticité à l’affectation ; j’aime mieux la dureté que la flatterie ; je préfère, j’aime avant tout, par-dessus tout, la simplicité et la bonté, mais surtout la bonté. Voilà la vertu qui devrait animer tout ce qui a la puissance ou la richesse. C’est aussi la vertu qui convient aux faibles et aux malheureux ; enfin, c’est la bonté qui supplée à tout ; et dût-on en abuser, et dussé-je en souffrir, je n’hésiterais pas, si on me donnait le choix d’avoir ou la bonté de madame Geoffrin ou la beauté de madame de Brionne : je dirais : Donnez-moi la bonté, et je serai aimée ; voilà le premier, et si je me laissais aller, je dirais l’unique bien dont je veuille. Si je ne me trompe , il y en a un plus grand encore , c’est d’aimer ; mais la bonté est déjà une affection de l’âme, et avec cette vertu on aime tout ce qui souffre , tout ce qui est malheureux. Ah ! l’on aime donc longtemps ! ah ! l’on doit aimer toujours ! et avec ce degré de bonté que je loue, que j’envie, on pourrait se passer du plaisir des passions. L’âme serait sans cesse en activité, et n’est-ce pas là le plus grand charme de la vie ?

« Mais dites-moi si ce n’est pas à vous que je dois souhaiter cette passion jusqu’à l’excès. Que de bonté ne vous faudra-t-il pas pour lire cette longue , froide et fatigante apologie ! Ah ! vous yoilà revenu à jamais de m’accuser ; mon exagération est encore moins insupportable que ma justification : mais aussi j’y ai été poussée ; tous mes chers amis m’accablent ; j’ai voulu leur prouver une fois par des raisons, que ce qu’ils appellent ma folie et mes dis-