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Page:Stendhal - Vie de Rossini, Lévy, 1854.djvu/14

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INTRODUCTION




I


Le 11 janvier 1801, Cimarosa mourut à Venise, des suites des traitements barbares qu’il venait d’éprouver à Naples, dans les prisons où l’avait fait jeter la reine Caroline.

Paisiello n’est mort qu’en 1816 ; mais on peut dire que depuis les dernières années de l’autre siècle, le génie musical, qui se manifeste de si bonne heure, mais s’éteint si vite, avait cessé d’animer le compositeur aimable et gracieux plutôt qu’énergique et brillant du Roi Théodore et de la Scuffiara.

Cimarosa agit sur l’imagination par de longues périodes musicales qui joignent, à une extrême richesse, une extrême régularité.

Je citerai pour exemple les deux premiers duetti du Matrimonio segreto, et entre autres le second :

Io ti lascio perchè uniti.

Ces chants sont les plus beaux qu’il ait été donné à l’âme humaine de concevoir ; remarquez cependant qu’ils sont réguliers et d’une régularité que notre esprit peut saisir : c’est un grand mal ; dès qu’on en connaît plusieurs, on peut en quelque sorte prévoir la suite et le développement de ceux dont on en- tend le début. Tout le mal est dans ce mot prévoir, et c’est de là que nous verrons dans peu sortir le style et la gloire de Rossini.

Paisiello ne remue jamais aussi profondément que Cimarosa ; il n’évoque pas dans l’âme du spectateur les images qui donnent des jouissances aux passions profondes, ses émotions ne s’élè-