Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, II, 1928, éd. Martineau.djvu/58

Cette page a été validée par deux contributeurs.
46
ROMANS ET NOUVELLES


qui tremblait pour don Fernando, alla trouver Sancha.

— Don Fernando est en sûreté ; mais, madame, continua Sancha, votre vie et la mienne ne tiennent qu’à un fil. Don Blas a des soupçons. Demain matin, il va menacer sérieusement Zanga, et le faire parler par le moine qui confesse cet homme, et a tout empire sur lui. Le conte que j’ai fait n’était bon que pour parer au danger du premier moment.

— Eh bien, prends la fuite, ma chère Sancha, reprit Inès avec sa douceur ordinaire, et comme nullement émue du sort qui l’attendait dans peu d’heures. Laisse-moi mourir seule. Je mourrai heureuse ; j’ai avec moi l’image de Fernando. La vie n’est pas trop pour payer le bonheur de l’avoir revu après deux ans. Je t’ordonne de me quitter à l’instant. Tu vas descendre dans la grande cour et te cacher près de la porte. Tu pourras te sauver, je l’espère. Je ne demande qu’une chose : remets cette croix de diamants à don Fernando, et dis-lui que je bénis en mourant l’idée qu’il a eue de revenir de Majorque.

À la pointe du jour, dès que l’angélus sonna, doña Inès éveilla son mari, pour lui dire qu’elle allait entendre la première messe au couvent des Clarisses. Quoi-