Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, II, 1928, éd. Martineau.djvu/176

Cette page a été validée par deux contributeurs.
164
ROMANS ET NOUVELLES


avec quelque assurance. Elle connaissait de nom tous les couvents de cet ordre, d’après la carte géographique, magnifiquement illuminée, qui est exposée dans le réfectoire, du couvent où elle avait été élevée.

À cette question, si imprévue, de la jeune fille timide, notre peintre fut sur le point d’être pris sans vert ; il répondit à madame Boissaux que, dans peu de jours, sans doute, il pourrait lui faire connaître le nom de ce couvent ; mais que, dans ce moment, le secret ne lui appartenait pas en entier. En entendant cette réponse, madame Boissaux fut sensible surtout au consentement de faire son portrait, qu’elle y voyait, consentement qu’elle avait craint de ne pas obtenir. Car, autant il lui semblait désagréable de s’exposer aux regards d’un homme qu’elle ne connaissait pas pour avoir un portrait, autant il lui semblait simple, depuis un instant, de voir faire ce portrait par le grand peintre, si modeste et si simple, avec lequel elle s’entretenait. Tel est l’avantage des caractères naturels : si quelquefois ils font commettre d’effroyables gaucheries ; si, dans le grand monde, ils entraînent la perte presque certaine de l’être qui les possède, leur influence, d’un autre côté, est décisive et prompte sur les caractères qui leur ressemblent. Or rien n’était plus naïf et plus