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ROMANS ET NOUVELLES


monde, que son imagination lui peignait divinement belles et aimables.

— Eh bien donc, dit Rosalinde en soupirant, commençons le rôle de pédante, plus dangereux pour moi qu’aucun de ceux que j’ai joués en ma vie ; mais jure-moi de m’avertir quand je t’ennuierai.

Féder jura de façon à se faire croire.

— Eh bien, d’abord, continua Rosalinde, ta mise est beaucoup trop brillante ; tu suis de près des modes gaies ; tu oublies donc tes malheurs ? tu dois toujours être l’époux inconsolable de la belle Amélie, ton épouse. Si tu as encore le courage de supporter la vie, c’est afin de laisser du pain à l’image d’elle qu’elle t’a laissée. Je te composerai une mise excessivement distinguée et qui fera le désespoir de nos jockeys, si jamais l’un d’entre eux a la prétention de l’imiter. Chaque jour avant que tu sortes, je ferai comme un général pour ses soldats, je passerai la revue de ton extérieur. En second lieu, je vais t’abonner à la Quotidienne et à la collection des œuvres des saints Pères. Lorsque ton père quitta Nuremberg, il était noble : M. von Féder. Par conséquent, tu es noble ; sois donc croyant. Quoique vivant dans le désordre, tu as tous les sentiments d’une haute piété, et c’est ce qui plus tard amènera et sanc-