Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, II, 1928, éd. Martineau.djvu/149

Cette page a été validée par deux contributeurs.
137
FÉDER


Féder à son amie ; mon amour vous est acquis pour la vie ; mais il me semble que je ne pourrai vous épouser avec honneur que lorsque j’aurai réuni, moi-même, au moins la moitié de cette somme.

— Il faudra te soumettre à quelques petites actions assez ennuyeuses ; mais n’importe, suis mes conseils, mon cher ange, aie cette patience, et, dans deux ans d’ici, je te mets à la mode ; alors tu portes à cinquante louis le prix de tes portraits, et, peu d’années ensuite, je te fais membre de l’Institut ; une fois arrivé à ce comble de gloire, tu me permets de jeter tes pinceaux par la fenêtre, tout le monde sait que tu as réuni six cents louis de rente ; alors le mariage d’amour devient un mariage raisonnable, et naturellement tu te trouves à la tête d’une fortune de plus de vingt mille écus par an ; car, moi aussi, j’économiserai.

Féder jura qu’il se soumettrait à tous ses conseils.

— Mais je vais devenir à vos yeux une pédante ennuyeuse, et vous me prendrez en horreur !

Féder protesta de sa docilité, qui serait égale à son amour, c’est-à-dire infinie. Il pensait que la route pénible qu’on allait lui jalonner était la seule qui pût le conduire à ces femmes du grand