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FÉDER


quatre ou cinq des plus grands journaux, l’on vantait le bon ton de ses manières. Un feuilleton fort bien fait, mais qui aussi coûtait cinq cents francs, décida du choix de Féder, que le bon ton des enrichis de boutique mettait au désespoir.

Il étudiait le terrain depuis un mois, et, toujours par la garde nationale, faisait connaître ses malheurs dans les coulisses ; enfin il se décida sur le moyen d’arriver. Un soir que Rosalinde dansait dans le ballet à la mode, Féder, qui s’était placé convenablement derrière un bouquet d’arbres avançant sur la scène, s’évanouit d’admiration comme la toile tombait, et, lorsque la belle Rosalinde, couverte d’applaudissements, rentra dans la coulisse, elle trouva tout le monde empressé auprès du jeune peintre, qui était déjà connu par ses malheurs et dont l’état donnait des inquiétudes. Rosalinde devait son talent, vraiment divin dans la pantomime, à l’une des âmes les plus impressionnables qui fussent au théâtre. Elle devait ses manières aux cinq ou six grands seigneurs qui avaient été ses premiers amis. Elle fut touchée du sort de ce jeune homme qui avait déjà trouvé dans la vie de si grands malheurs. Sa figure lui parut d’une noblesse singulière, et son histoire saisit son imagination.