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PHILIBERT LESCALE


tise, j’ai peur de m’attacher à lui. Il est fort beau et fort silencieux. D’après mes avis il est toujours vêtu de noir, comme s’il était en deuil. J’ai dit sous le secret qu’il ne se consolait pas de la mort d’une dame du Bâton-Rouge, près la Nouvelle-Orléans. Il voudrait bien ne plus avoir sa maîtresse de l’Opéra, mais je crains les passions, et je l’oblige à la garder.

Où il est bien plaisant, c’est dans une terre que je lui ai fait acheter à quatre lieues de Compiègne, sur la lisière de la forêt : ce qui m’a déterminé, c’est la bonne compagnie, c’est-à-dire le caractère honnête des huit ou dix propriétaires des châteaux voisins. Tous les fainéants du pays chantent les louanges de M. Lescale ; il fait beaucoup d’aumônes et a l’air constamment dupe de tout le monde. Il a eu des bonnes fortunes inconcevables ; mais au fond il ne peut aimer qu’une femme qu’il voit sur la scène deux fois la semaine. Il trouve que la comédie jouée par les autres femmes est à la fois sérieuse et vide.

Bref, Philibert Lescale est un homme bien élevé et ce qu’on appelle un aimable homme.


N. B. (Deux ans plus tard). J’ai eu tort de forcer le pauvre Philibert à garder sa