Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, II, 1928, éd. Martineau.djvu/123

Cette page a été validée par deux contributeurs.
111
LE CHEVALIER DE SAINT-ISMIER


trait. Il regardait Marguerite dont le grand sérieux et l’air noble ne se démentaient point.

« Je pense, dit enfin notre héros, que je vois ici une ressemblance fortuite. »

— « Je ne sais, dit Marguerite, mais ce portrait est celui de Raymond de Saint-Ismier, cornette au régiment des Gardes lorsqu’il y a quatre ans, mon pauvre frère aîné, le duc de Candale, voulut réunir les portraits de tous ceux de nos parents qui existaient à cette époque. Ainsi vous voyez bien, Mademoiselle, dit Marguerite à Alix, qu’il est possible que ma mère offre un asile à un de nos parents, monsieur de Saint-Ismier, poursuivi pour un crime irrémissible, un duel. »

En disant ces mots, Marguerite sourit pour la première fois et avec une grâce charmante.

« Il en sera tout ce que Mademoiselle voudra. Certainement il n’est pas convenable d’aller réveiller Madame la Princesse après la nuit affreuse qu’elle a passée. Je supplie Mademoiselle de me donner des ordres, mais de ne pas me demander de conseils. »

— « Et je me gâterais le bonheur extrême que je dois à ce portrait, dit notre héros, si je souffrais que ce que Mademoiselle croit devoir à une parenté malheureuse-