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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/90

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ŒUVRES DE STENDHAL.

Qui ne connaît :

1. Saint-Ouen ?

2. La cathédrale ?

    bliothèque de Rouen ; c’est un homme très-poli ; mais dans la discussion archéologique il était féroce. Ce ton outrageant ne semblait étonner ni les disputants, ni quatre ou cinq amis qui les entouraient : il paraît que c’est une des grâces du métier.

    Cette grâce a tout à fait manqué son effet sur moi. Pour tâcher d’oublier une aussi triste conversation, je suis allé à la cathédrale. La base de la tour qui fait partie de la façade, à gauche du spectateur, est peut-être l’ouvrage des Romains.

    La nef du milieu n’est pas étroite ; les deux autres moitiés du croisillon sont d’une délicatesse qui me plaît comme de la belle dentelle.

    On ne sait en quels termes parler de l’architecture gothique. M. de Caumont et les autres écrivains ont adopté chacun une nomenclature différente. La société de l’histoire de France aurait pu nous donner un petit catéchisme de cent pages, avec des figures en bois insérées dans le texte. Bien ou mal choisis, ces noms eussent été adoptés probablement, et les amateurs du gothique pourraient se communiquer leurs idées. Mais donner une nomenclature, n’est-ce pas s’exposer à quelque plaisanterie ? D’ailleurs, quand nous aurons un livre clair sur les trois architectures romane, gothique et de la renaissance, on ne sera plus réputé savant, par la seule action de parler de ces choses : il faudra inventer quelque autre recette.

    Voilà ce que je disais hier dans le bateau à un petit vieillard sec et leste, mis d’une façon singulière, et que j’avais pris d’abord pour un gentilhomme gascon. C’est, au contraire, un homme fort instruit. En passant vis-à-vis les ruines de Jumiéges, il m’a proposé de descendre à terre : Je vous expliquerai tout cela, disait-il ; mais à ce moment je le prenais encore pour un Gascon, et j’ai eu horreur de l’explication ; je m’en suis bien repenti une heure après. Quand je commençai à croire un peu ce que me disait M. de B…, il m’a appris que la Normandie possède un savant, homme de sens, qui rêve cinq ou six heures par jour à l’archéologie, et qui n’est point charlatan.

    — Quoi ! monsieur, point charlatan à trente lieues de Paris, et Normand encore !

    — Oui, monsieur ; et ce savant n’appelle point les gens de l’opposition l’opprobre de l’espèce humaine, à cette fin d’ajouter une rosette à sa croix.

    Ceci était une allusion à un ridicule que nous venions de remarquer