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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/86

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ŒUVRES DE STENDHAL.

La perte d’hommes est réparée au bout de vingt ans, mais la dette empêche de vivre beaucoup d’enfants anglais, et force ceux qui survivent à travailler quinze heures par jour ; tout cela parce que, il y a trente ans, il y eut une bataille d’Austerlitz ! Le talent financier de M. Pitt a tourné contre sa nation.


— Le Havre.

Voici un fait qui vous surprendra, mais qui n’en est pas moins de toute vérité. La réforme parlementaire en Angleterre est due entièrement aux mensonges de Blackstone.

Il n’y eut jamais trois pouvoirs en Angleterre : lorsque le célèbre Blackstone publia l’ouvrage où il avance qu’il y a trois pouvoirs : le roi, la chambre basse et la chambre haute, il fut regardé comme un novateur téméraire. Il n’y a jamais eu en Angleterre, jusqu’au moment de la réforme parlementaire opérée de nos jours, qu’un seul pouvoir, l’aristocratie ou la chambre des pairs, laquelle nommait la chambre des communes. Le roi et ses ministres marchaient forcément dans le sens des deux chambres.

L’erreur de Blackstone, qui prétendait que le peuple était représenté par la chambre des communes, fut répétée à l’étranger par Montesquieu et Delolme. Bientôt ce mensonge fut admis généralement comme une vérité, et peu à peu, en Angleterre, la parole de Blackstone devint comme une constitution.

Le peuple anglais se croyant représenté, il fut possible de lui faire payer les impôts énormes mis par W. Pitt et ses successeurs pour repousser les dangers de l’aristocratie, dangers si réels que l’aristocratie a fini par être abaissée, dangers provenant de l’exemple donné par la nation française.

Blackstone dit que les bourgs pourris sont des restes de grandes villes peu à peu ruinées par le temps. Rien n’est plus faux ; les bourgs pourris sont comme les nombreux évêchés des environs de Rome, établis par les papes pour avoir un plus grand nombre de voix dans les conciles.