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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/40

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ŒUVRES DE STENDHAL.


Si le lecteur avait la patience d’un Allemand, je lui aurais présenté, pour chaque province, le récit authentique de la dernière cause célèbre qu’on y a jugée.

Comment ne pas croire aux sorciers sur la côte terrible d’Ouessant, à Saint-Malo ? La tempête et les dangers s’y montrent presque tous les jours, et ces marins si braves passent leur vie tête à tête avec leur imagination.


— Lorient, le…

Hennebon est située d’une façon pittoresque et parfaitement bretonne, c’est-à-dire sur une petite rivière qui reçoit de la mer le flux et le reflux, et par conséquent de petits navires venant de Nantes. Mais l’on ne voit point la mer, et rien n’annonce son voisinage.

Tout contre la rivière s’élève un monticule couvert de beaux arbres qui cachent la ville. La noblesse des châteaux voisins, qui vient passer l’hiver à Hennebon, y étale un grand luxe. Le maître de l’hôtel ne pouvait encore revenir de sa surprise : à l’occasion d’un bal donné l’hiver dernier, un de ces messieurs a fait venir de Paris un service d’argenterie estimé deux mille écus, et que les danseurs, en passant dans la salle à manger, ont aperçu tout à coup.

Rien de joli comme les bouquets de bois que l’on rencontre pendant les trois lieues de Hennebon à Lorient. Là encore j’ai entrevu quelques Bretons dans leur costume antique, longs cheveux et larges culottes[1].

À Lorient, il faut aller à l’hôtel de France ; c’est, de bien loin, le meilleur que j’aie rencontré dans ce voyage. Le maître, homme intelligent, nous a donné un excellent dîner, à une table d’hôte dressée au milieu d’une magnifique salle à manger (cinq croisées séparées par de belles glaces arrivant de Paris : à la table d’hôte, on a constamment parlé de ce qu’elles coûtaient).

L’hôtel de France donne sur une place carrée entourée d’un

  1. Comatum et bracatum.