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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/345

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

sur la création du monde, sur l’histoire du serpent et de la pomme, etc., etc. Libre à tous les Français de croire ce qu’ils veulent sur les choses invisibles.

Ce qui est capital, c’est qu’on les enseigne à mépriser le gouvernement des deux Chambres, qui régit la France, et à détester la liberté de la presse, qui en est l’âme. Je ne vois, reprend M. C…, qu’une seule chose qui fasse contre-poids à tout ce que les petits séminaires enseignent à ces enfants, c’est : 1° le souvenir des victoires de l’empereur, et 2° le désir d’obtenir la croix de la Légion d’honneur.

Et. toutefois, me dit M. C…, dont je partage fort l’opinion, que deviendraient ces malheureux paysans du Midi, si quelqu’un ne leur parlait pas morale ? Ils seraient des bêtes brutes, et avec leurs passions ardentes ils appliqueraient sans remords la loi de Linch (États-Unis) à tous ceux qui leur déplairaient.

Le plus mauvais curé vaut donc mieux dans l’intérêt de la civilisation que l’absence de tout curé.

Je passerais pour un homme noir si je répétais ici ce que M. C… m’a dit sur ce qu’on enseigne dans les petits séminaires des départements qui se trouvent sur la ligne de Béziers à Limoges, et de limoges à Nantes. M. C… ajoute qu’un seul évêque en France n’a jamais voulu de petits séminaires dans son diocèse. La religion ne peut vivre qu’en rompant avec la politique, a dit ce sage évêque ; et il est méprisé de ses curés.

J’ai vu dans un département que je traversais un petit séminaire composé de trois cents élèves ; on y fait toutes les classes, un peu moins bien que dans les collèges, il est vrai ; mais ce qui fait le danger des petits séminaires, c’est que leurs chefs transigent avec les parents sur le prix de la pension. En général, on demande cinq cents francs par an ; mais souvent on se contente de deux cent cinquante. Et dans ce siècle d’ambition, il n’est guère de pauvre diable qui ne sacrifie deux cent cinquante francs pour faire donner quelque éducation à son fils.

Ce qui fait l’immense difficulté du problème de l’éducation