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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/340

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ŒUVRES DE STENDHAL.

naissant. Ce que nous pouvons voir de plus clair dans la doctrine de Jésus-Christ prêchée par saint Paul, c’est que tous les fidèles sont parfaitement égaux ; l’âme d’un esclave est aussi précieuse aux yeux de Dieu que l’âme d’un consul ou de César lui-même. Ce fut à l’aide de cette maxime, fort adroite et fort vraie, que saint Paul convertit à sa religion toute la canaille de l’empire romain. Les ministres momiers en tirent aujourd’hui un parti admirable.

— Croiriez-vous, monsieur, ajoutait mon compagnon de voyage, que j’ai bien vite mis à son aise, que les dames les mieux élevées de ces malheureux villages momiers affectent d’écouter avec respect un malheureux paysan, si celui-ci se dit inspiré ? M. Clavel, avant d’être ministre, n’était qu’un simple paysan, et montait sur un tonneau pour se faire mieux entendre. Ainsi, monsieur, il suffira d’un peu d’impudence pour devenir ministre.

— Dites, monsieur, qu’il suffira d’avoir du talent. Ce n’est pas vous qui devriez vous plaindre, c’est le gouvernement. Sous l’empereur nous avions à Paris un fameux ministre protestant qui faisait agréablement des vers latins en l’honneur de Louis XIV, l’auteur des dragonnades et de la révocation de l’édit de Nantes. Si jamais c’est le talent qui désigne les prêtres, le ministère des cultes ne sera plus une sinécure. Voyez M. de Lamennais. Comment empêcherez-vous M. de Lamennais de devenir archevêque de Paris ? Et, une fois archevêque, il faudra compter avec lui. (Ici grande discussion que je supprime.)

— Il est de fait, continue M. R…, que depuis l’apparition des momiers, vers l’an 1821, nos ministres sont beaucoup plus exemplaires et se donnent la peine de lire nos anciens auteurs. Ces Anglais, qui viennent de nous jeter au nez leurs petits traités religieux, ont réuni en assemblée tous les ministres momiers de nos montagnes et probablement laissé de l’argent. Cette malheureuse secte prêche que hors de la religion momière il n’y a point de salut.