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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/335

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

Musée royal me semble assez riche pour renvoyer la Vénus à Arles ; il faudrait que cette ville prouvât qu’elle peut veiller à sa conservation.

Cette statue célèbre est nue jusqu’à mi-corps et drapée de la ceinture en bas ; ses cheveux sont ceints d’une bandelette ; la tête est belle ; les bras sont de Girardon. Il y a ici une Médée qui va sacrifier ses enfants : beau sujet, mal traité.

Au sortir d’Arles, j’ai examiné, le mieux que j’ai pu, la tour de Roland ; c’est le fragment d’un portique qui était placé derrière la scène de l’ancien théâtre ; ce petit édifice a beaucoup de style ; il est formé de trois arcs placés l’un sur l’autre, la corniche m’a semblé fort belle. Comme la plupart des édifices anciens, il a servi de forteresse au moyen âge.

Dans un jardin voisin, on voit une portion de portique soutenue par deux colonnes antiques de vingt-sept pieds de haut ; c’est encore un débris du théâtre. C’est au pied de ces colonnes qu’a été trouvée la Vénus.

Près de la tour de Roland sont les restes d’un cimetière antique. Le cardinal Barberin y prit des marbres qu’il emporta en Italie. Charles IX, Catherine de Médicis et bien d’autres ont dépouillé ce lieu comme à l’envi.

Saint-Honorat, ancien couvent de minimes, contient beaucoup de sculptures chrétiennes, chefs-d’œuvre de laideur, comme à l’ordinaire.

L’amphithéâtre d’Arles a l’aspect d’une forteresse ; on a bâti des tours sur l’enceinte, et il est rempli de sales maisons. Cet amphithéâtre est plus grand que celui de Nîmes, et pouvait contenir vingt mille spectateurs.

Quand j’étais à Marseille, je rencontrai au château Borelli, où j’allais presque tous les soirs, une société de dames artésiennes qui étaient venues voir ce joli parc. La renommée n’est qu’équitable quand elle parle de leur beauté. Ce sont des cheveux d’un noir d’ébène, tranchant sur un front d’une blancheur éblouissante. Je n’exagère point ; la forme générale de leurs