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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/318

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ŒUVRES DE STENDHAL.

revenus d’Égypte à la suite de l’expédition française. Je suis monté sur le clocher d’une église, et enfin, pour finir une journée si ennuyeuse pour moi, j’ai pris une barque et suis allé dîner à la Réserve. C’est une jolie maison, bâtie sur le monticule qui ferme à gauche le port de Marseille ; de là on aperçoit fort bien la mer, que l’on ne voit d’aucun point de la ville ; c’est un grand désavantage. Le restaurateur m’a assuré qu’on va couper la partie la moins élevée des rochers arides sur lesquels sa maison est bâtie, et former ainsi une seconde entrée au sud-est, pour le port de Marseille.

Ainsi s’est terminée la dernière journée de mon séjour en cette ville, où j’ai fait toutes mes affaires ; mais aussi je suis horriblement fatigué. C’est trop que le double métier de négociant et de curieux : il n’y a plus d’huile dans la lampe, il n’y a plus de possibilité d’attention pour rien.

Sans la quarantaine de sept jours et peut-être plus, au retour je serais allé faire mes affaires à Alger, mais il faut, avant tout, que je sois à la foire de Beaucaire.


— Gênes,..... 1837.

Voici la première course d’agrément que je me permets depuis sept ans que je suis dans les fers (sans calembour).

À Marseille, j’étais mort de fatigue ; j’avais besoin de dormir au moins vingt-quatre heures. Le Sully, bateau à vapeur français, m’a porté ici en vingt et une heures et demie ; je vais passer une journée à voir Gênes, et ce soir à minuit, en sortant du spectacle, je m’endormirai jusqu’à Marseille. Ce n’est point par égotisme que j’entre dans ces détails, mais pour donner des renseignements positifs aux hommes pressés par le temps, qui, comme moi, voudront mêler les affaires et la curiosité.

À bord du Sully, je n’ai fait exactement que dormir et dîner. Ce matin, à cinq heures, par le plus beau temps du monde, je me suis réveillé dans le port de Gênes, d’où l’on aperçoit cinq ou