Ouvrir le menu principal

Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/314

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
308
ŒUVRES DE STENDHAL.

ont été apportés de Grèce par de riches négociants. Du temps de M. Guys, un négociant riche de Marseille, au lieu de faire redorer son hôtel tous les dix ans, achetait des marbres à Athènes.

J’ai remarqué au musée un grand bas-relief auquel les têtes manquent : une femme assise donne la main droite à un homme qui est debout ; dans le fond, une troisième figure tient dans ses bras un enfant. Cette scène d’adieux se répète souvent sur les tombeaux des anciens.

Un second bas-relief grec représente les bustes de Télesphore et de son épouse ; le premier est vêtu d’une tunique et d’un pallium ; la femme a un voile sur la tête. Au-dessous est une courte inscription :

« Tombeau de Télesphore, élevé par son épouse chérie, pour honorer sa mémoire. »

Et plus bas que l’inscription on voit un petit bas-relief ; c’est un homme couché sur un lit ; à côté de lui est une table servie, et, devant la table, une femme voilée et assise. Le repas indique sans doute l’admission de Télesphore aux banquets célestes.

Vient ensuite le tombeau de Glaucias sur lequel sont écrits sept vers grecs.

Les autres sarcophages furent destinés à quelques riches Romains. Le plus remarquable est celui de Flavius Memorius. La face principale représente le combat de deux Centaures contre un lion. On voit dans l’inscription que Flavius a fait la guerre vingt-huit ans parmi les Joviens. Ce tombeau est donc postérieur au règne de Dioclétien. Le style des bas-reliefs, sans être des plus beaux temps, est bien supérieur à ce que pouvaient faire les tristes sculpteurs qui vivaient sous cet empereur philosophe (le seul souverain peut-être dont l’abdication n’ait pas été suivie de regrets[1]). On a conclu de tout cela que Memorius s’était emparé d’un sarcophage fait longtemps avant lui.

  1. Le sage Muratori lui-même a calomnié Dioclétien ; qu’on juge de ce qu’ont fait tous les historiens d’académie !