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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/31

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

Le Gaël, comme nous l’avons vu à Lyon, a des formes arrondies, une grosse tête large vers les tempes ; il n’est pas grand, il a un fonds de gaieté et de bonne humeur constante.

Le Kimri rit peu ; il a une taille élégante, la tête étroite vers les tempes, le crâne très-développé, les traits fort nobles, le nez bien fait.

À peine s’est-on élancé dans l’étude des races que la lumière manque, on se trouve comme dans un lieu obscur. Rien n’est pis, selon moi, que le manque de clarté ; cette faculté si précieuse aux gens payés pour prêcher l’absurde. Quant à nous, qui essayons d’exposer une science parfaitement nouvelle, nous devons tout sacrifier à la clarté, et il faut avoir le courage de ne pas mépriser les comparaisons les plus vulgaires.

Tout le monde sait ce que c’est qu’un chien de berger. On connaît le chien danois, le lévrier au museau pointu, le magnifique épagneul. Les amateurs savent combien il est rare de trouver un chien de race pure. Les animaux dégradés qui remplissent les rues proviennent du mélange fortuit de toutes les races : souvent ces tristes êtres sont encore abâtardis par le manque de nourriture et par la pauvreté.

Malgré le désagrément de la comparaison, ce que nous venons de dire de l’espèce canine s’applique exactement aux races d’hommes ; seulement comme un chien vit quinze ans et un homme soixante, depuis six mille ans que dure le monde, les chiens ont eu quatre fois plus de temps que nous pour modifier leurs races. L’homme n’est parvenu qu’à deux variétés bien distinctes, le nègre et le blanc ; mais ces deux êtres ont à peu près la même taille et le même poids.

La race canine, au contraire, a produit le petit chien haut de trois pouces, et le chien des Pyrénées haut de trois pieds.

Toutes ces idées que je viens d’exposer si longuement, je les avais avant d’arriver en Bretagne, et elles augmentaient mon désir de voir ce pays.

Je me disais que c’est surtout en cette région reculée que l’on