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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/286

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ŒUVRES DE STENDHAL.

Le malheur, c’est qu’on prend chaud en revenant de l’Huveaune à Marseille, et les personnes qui ont été dans le Midi me comprendront : une fois qu’on a chaud, d’une certaine manière, la journée est perdue.

Comme nous l’avons vu, l’ancienne Marseille, celle qui fut assiégée par César, était bâtie sur la colline qui s’étend du fort Saint-Jean à l’arc de triomphe. Des maisons de cette Marseille-là, on voyait la mer, avantage dont la ville moderne est privée. Les rues de cette ancienne ville qui subsistent encore sont noires, anguleuses, sales et fort en pente. Le grand nombre de puits ne permet pas d’y établir des égouts, et donne lieu à de certains usages qu’en vérité il est impossible de raconter.

À l’extrémité de ce quartier, près du rivage, j’ai trouvé l’antique cathédrale, en provençal la Major. Cette église est la plus ancienne des Gaules. Il est également vrai que saint Lazare, celui-là même qui fut ressuscité par Jésus-Christ, en fut le fondateur. Il avait été chassé de Jérusalem avec sainte Marthe et sainte Marie-Madeleine, ses sœurs, Marcelle leur servante, saint Maximin et d’autres disciples de Jésus-Christ, parce qu’ils prêchaient hautement que le Sauveur du monde était ressuscité. Ils furent tous ensemble exposés à la furie des mers, dans un frêle navire, sans voiles et sans gouvernail ; mais une main puissante s’était chargée de les conduire, et ils abordèrent heureusement dans le port de Marseille. Saint Lazare prêcha le culte du vrai Dieu, qui remplaça celui de Diane, dont le temple devint l’église de la Major. On accuse Henri IV d’avoir fait enlever à cette église de fort belles colonnes ; pour moi, je n’y trouve rien de remarquable. L’autel de la chapelle des fonts baptismaux est un sarcophage antique, comme on en voit à toutes les fontaines en Italie. Le maître-autel a un bas-relief barbare, représentant la Madone et deux saints.

La nouvelle ville de Marseille commence à la Canebière, au fond du port. Les riches négociants qui avaient commencé à bâtir ce quartier, vers la fin du dix-huitième siècle, achetèrent du