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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/281

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

buveurs et de chasseurs, nous avons fait le centre et le type de l’élégance. De là la différence des mœurs de l’Italie au quatorzième siècle et des mœurs de la France ; tout dérive de ce point.

Les mœurs aimables que la riche Marseille avait répandues dans les pays environnants firent naître des souverains tels que le comte Alphonse et le roi René, dont le bon goût la sauvèrent des vilenies féodales.

Ce roi René, qui n’eut aucune des qualités nécessaires à un roi du quatorzième siècle, eût été un roi charmant au dix-huitième ; il eut de la gaieté et les mœurs aimables d’un gentilhomme ruiné. Un jour il ne put pas partir de Tarascon parce qu’il devait de l’argent à son auberge.

Après lui vint le sombre Louis XI, ce roi procureur normand. Plus tard les troupes de Charles-Quint assiégèrent inutilement Marseille ; elle suivit le parti de la Ligue, puis eut la prétention de former une république particulière ; mais, comme nous l’avons vu, le loyal Libertat la remit au pouvoir de son souverain légitime.


— Marseille,..... 1837.

Ma journée d’aujourd’hui a commencé à cinq heures du matin par aller à la chasse, bien malgré moi.

Je vais inscrire ici ce que j’ai entendu dire, sans le traduire aucunement en français de livre.

Louis XIV vint à Marseille, qui s’était révoltée ; le maire de la ville parla de lui en présenter les clefs. — Non pas, dit le roi, je n’entrerai dans une ville rebelle que par la brèche. On fit donc une brèche au rempart, et le roi entra comme il le désirait.

Un colonel suisse, venu avec le roi, ne suivit pas ce prince et alla passer par la porte de la ville. Interrogé à ce sujet, il répondit librement : — Je n’entre par les brèches que lorsque c’est le canon qui les a faites. Ce fut à cette occasion que Louis XIV dit aux Marseillais : — Je veux aussi avoir ma bas-