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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/277

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

Aristote, dont la bonne tête avait eu l’avantage de pouvoir observer cent trente-huit gouvernements différents, avait composé un traité de la république des Marseillais ; il n’en reste qu’un fragment conservé par Athénée. Trogue-Pompée donnait d’assez grands détails sur ce peuple, ainsi qu’on peut en juger par ce qu’en dit Justin, son abréviateur. Voici la fable convenue sur l’origine de Marseille.

Vers la quatorzième année du règne de Tarquin-l’Ancien, environ six cents ans avant Jésus-Christ, quelques Phocéens d’Asie, marchands ou pirates, entrèrent dans la mer des Gaules et s’établirent sur la côte. Cinq ans plus tard il y eut une nouvelle expédition, dont Simos et Protis étaient les chefs. Ils abordèrent, puis s’avancèrent dans les terres auprès de Namnus, roi des Segobrigiens, et lui demandèrent la permission de bâtir une ville sur les confins de ses États[1]. Ce prince préparait ce jour-là les noces de sa fille, qu’il devait donner, selon l’usage de sa nation, à celui qu’elle choisirait pendant le festin. Namnus ayant engagé sa fille à présenter de l’eau à celui de ses hôtes auquel elle désirait lier son sort, elle choisit Protis, qui fonda Marseille.

Les Marseillais eurent besoin de bravoure pour n’être pas exterminés ; sans cesse il leur fallut repousser les attaques des nations voisines, qui, pour la plupart, venaient de Ligurie ; ils furent donc amis des Romains, ennemis des Liguriens. La fable ajoute qu’ils donnèrent des marques publiques de deuil lorsque Rome fut prise par les Gaulois, et qu’ils contribuèrent à compléter le poids de l’or et de l’argent que ceux-ci exigeaient des vaincus.

Il n’a manqué à Marseille, pour jouir d’une prospérité durable,

    qui se trouve partout. C’est pour cette raison que je les place ici, afin d’épargner au lecteur la peine d’aller dans une bibliothèque demander un vieux livre. (Le pauvre Romagnesi me disait qu’en dit d’histoire il ne fallait jamais lire que les originaux.)

  1. Aristote, Plutarque, Larcher (traduction d’Hérodote, t. VII, p. 347).