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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/259

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

Presque à partir du moment de sa fondation, Aix a été emportée dans le tourbillon de Marseille.

Alphonse, comte de Provence et roi d’Aragon, y établit son séjour. Ce prince aimait la poésie et était poëte lui-même ; il introduisit en Provence le goût de la galanterie aimable. De là les troubadours dont tant de plats écrivains ont rendu le nom si ennuyeux.

Les cours d’amour datent de 1150[1], et la vie fut fort gaie en Provence jusqu’au sombre Louis XI, qui la réunit à la France. Bientôt ce pays cessa d’être supérieur à ses voisins par l’esprit et le gai savoir.

J’ai appris tous ces détails en allant au Tholouet, charmant vallon où il y a de grands arbres ; mais le cruel mistral m’a empêché de les admirer comme j’aurais dû.

Je suis revenu au musée, qui n’est pas ouvert avant onze heures du matin. Le gardien m’a fait remarquer un bas-relief qui représente l’accouchement de Léda (huit grandes figures et trois petites au-dessous de Léda assise). J’ai remarqué trois mosaïques curieuses découvertes en 1790 : Thésée tuant le Minotaure, une scène de comédie, et les préparatifs d’un combat au pugilat.

Je vois quelques inscriptions, parmi lesquelles une assez singulière ; elle est en grec, et en voici la traduction plus exacte qu’élégante :

« Sur ces rivages, que les flots font retentir, moi adolescent je te parle. Ô voyageur ! je suis cher aux dieux et ne suis plus sujet à la mort. Je n’ai point connu l’amour ; par mon âge tendre je fus semblable aux jeunes dieux Amycléens, sauveurs des nautoniers ; nautonier moi-même, je passais ma vie errante sur les flots. Mais, ayant obtenu ce tombeau de la piété de mes maîtres, j’ai dit adieu aux maladies, au travail ainsi qu’aux angoisses ; car tandis que nous vivons, ces misères sont nuisibles à nos

  1. Voir les détails dans l’Amour, p. 298.