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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/244

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ŒUVRES DE STENDHAL.

Rien de triste comme le lac et la ville de Nantua ; cela doit avoir cependant un genre de beauté quand le pays est couvert de deux pieds de neige et parcouru par les loups : on se glorifie alors d’avoir de l’aisance et une bonne fourrure. Si l’on veut aller à Isernore, on verra, dit-on, trois colonnes antiques debout et quelques vestiges d’un ancien temple. — Pont-d’Ain est assez joli.

Je me suis réveillé à Miribel, bourg bien situé, dans la montagne. On aperçoit à gauche, beaucoup au-dessous de soi, les plaines du Dauphiné et le Rhône ; j’ai suivi ce roi des fleuves jusqu’à Lyon.

Au moyen âge, après la barbarie du dixième siècle, la société se reforma lentement par l’amalgame des Romains et des barbares, comme la société se reforme sous nos yeux à Paris par l’amalgame de l’ancienne bonne compagnie et des nouveaux enrichis. Lorsque cet amalgame sera complet, la littérature renaîtra, il y aura une opinion publique, la camaraderie verra pâlir ses lauriers.

Au onzième siècle, lorsque la société fut de nouveau formée, elle produisit bien des choses en France, et entre autres l’architecture[1]romane, laquelle peu à peu se chargea d’ornements. Ces ornements, qui augmentaient ses grâces, finirent par déplaire. Et à la fin du douzième siècle, on lui préféra l’architecture gothique élancée et hardie, mais, quant aux ornements, d’abord simple et sévère. Peu à peu elle aussi se chargea d’ornements, et quand ses formes caractéristiques eurent disparu sous les accessoires, la mode l’abandonna à son tour. C’est alors qu’on revint aux formes antiques : c’est la renaissance de l’an 1500.

Ainsi, l’on peut dire que l’excès des ornements a tué ces deux architectures, comme l’excès des ornements et de la fausse

  1. Sur le même sujet, voir les Mémoires d’un Touriste, t. I, p. 198, et 228 à 235.