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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/239

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

toujours heureux, tant s’en faut ; mais on a toutes sortes de facilités pour satisfaire les penchants de l’âme que Paris vous a laissés. Enfin, quand on l’a bien connu, on ne peut guère être heureux ailleurs que pendant des instants, et comme par contraste.

Les affaires qui me rappelaient à Paris ont pris une tournure avantageuse sans doute, mais précipitée. Ces affaires sont actuellement à Port-Vendres ; il faudra de Paris écrire dix lettres, en attendre les réponses avec impatience, et peut-être finir par courir à Port-Vendres. Toutes réflexions faites, j’aime mieux y aller d’ici. Ce qui me séduit, je l’avoue, ce sont les soixante lieues de Lyon à Avignon, que je ferai en neuf heures ; au lieu d’une fatigue, c’est un plaisir.

Je viens de dire ma résolution à un capitaliste genevois qui justement, lui aussi, a une petite affaire à Alger ; je m’en charge. J’aurai, à mon choix, une commission de tant pour cent, ou part au bénéfice.


— Genève, le… 1837.

Une maison du haut a fait venir précieusement d’Angleterre une cuisinière sérieuse. Ne croyez pas qu’il s’agisse d’une cuisinière qui ne fait pas la cuisine à la légère : qu’importent les sensations gastronomiques à une famille qui entreprend de restaurer en Europe les grands intérêts monarchiques et religieux ? Il s’agit d’une cuisinière qui ne rit jamais. Croirez-vous ce fait, ô lecteur bénévole !


— Lyon, le… 1837.

La route de Genève ici, par le Fort-l’Écluse et le long du Rhône qui se perd, pourrait passer pour sublime si l’on comparait ses aspects à ceux des grandes lignes plates, grises, nues, des campagnes qui environnent Paris. Mais l’intérêt du paysage ne suffit pas ; à la longue, il faut un intérêt moral ou historique.