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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/234

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ŒUVRES DE STENDHAL.

lire ce matin (24 juin 1837), sur les poëtes versifiant pour la cour.

En ce genre personne, de longtemps, ne pourra lutter avec les écrivains français.

Mais rendre compte d’une relation de voyage ou d’un bon livre d’histoire, qui vient de paraître à Paris ou à Londres, c’est ce qui leur est absolument impossible par la grande raison qu’avant tout il faudrait le lire, et ensuite se donner le temps de le comprendre. Par exemple, aucun d’eux, l’an passé, n’a parlé d’une façon raisonnable de l’Histoire de Naples, par le général Coletta, qui n’a d’autre défaut que d’être écrite en florentin.

Si un général, conseiller d’État, comme l’était M. Coletta avant son exil à Florence, publiait un livre à Paris, les gens qui s’aviseraient de le critiquer y gagneraient le nom d’écrivains cyniques, comme M. de Broë disait à Courier, et le général aurait, par ses amis, comme chose de convenance, un article louangeur dans chaque journal.

Mais, grand Dieu ! combien je me suis écarté de mon idée ! Je voulais dire que le journal littéraire, indiquant les livres qu’il faut acheter et donnant une idée des autres, ne peut être fait qu’à Genève.

Le rédacteur en chef, en sa qualité de Génevois, sera :

1° Inexorable ; 2° attentif à gagner de l’argent ; et 3° savant.

Il payera fort cher les articles qu’il fera venir de Paris, il les jugera et n’admettra que ceux qui ne mentent pas et ne font pas bâiller le lecteur outrageusement.

Comme l’ancien Edimburgh Review de M. Jeffrey, le journal génevois ne nommera point les auteurs des articles ; jamais le rédacteur en chef n’écrira d’articles.

Si le journal littéraire a le courage de dire la vérité sur tout, excepté, bien entendu, sur les gouvernements de la France et de Genève, en trois ans il aura une réputation européenne ; c’est-à-