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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/227

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

mières estampes que j’aie eues en ma possession, est un édifice du moyen âge, exact et étroit, dans le style des maisons de Florence. Par hasard cet édifice est précisément romantique ; il rappelle Calvin.

Un Français qui a de l’esprit, mais qui est un peu sujet à répéter l’esprit des autres, m’a entrepris sur Calvin, dont il m’a dit beaucoup de mal. Sans doute il répétait les phrases de l’honnête biographie Michaud, dont il porte partout avec lui les cinquante-quatre volumes.

— Vous aurez beau dire, monsieur, Calvin aimait la vertu, telle qu’on la comprenait de son temps ; il y marchait par le chemin le plus direct, et même en faisant brûler Servet. Mais ce ne fut pas un homme estimable comme nous l’entendons aujourd’hui, demandant pour soi la croix d’officier de la Légion d’honneur et une recette de ville pour son fils.

On m’est venu chercher pour aller à Saint-Pierre ; c’est à peu près la cathédrale du pays. M… prêchait. Je comptais que son sermon me ferait l’effet d’un de ces articles de haute politique payés aux bons faiseurs par les journaux vendus au ministère. J’ai été frappé, dès mon entrée dans le temple, par des phrases simples et de bon sens. Ce style me rappelle l’excellent français des Mémoires de d’Aubigné, ce serviteur de Henri IV, qui ne le flatte pas, et fut réduit à venir mourir à Genève en 1630. Au lieu de me moquer, je suis attentif ; je ne vois l’hypocrisie nulle part ; bientôt j’ai les larmes aux yeux. M… prêchait sur la charité, et je finis par donner au collecteur tout l’argent blanc que l’avais sur moi (locution du pays).

À Genève on dit : Un tel fut mis en prison, dès lors il jouit de la liberté. Dès lors est là pour ensuite. Vous trouverez dans les annonces de la Gazette de Lausanne des avertissements menaçants adressés aux jeunes gens qui ont eu l’audace de séduire des demoiselles appartenant à la république et canton de Vaud. Ces avertissements plaisants sont à la seconde personne du pluriel : « À vous, François Monod, natif de Montru, qui, après une