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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/22

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ŒUVRES DE STENDHAL.

les sinuosités des lignes de peulvens représentent les ondulations d’un serpent qui rampe. Ainsi le temple est en même temps la représentation du dieu.


Il est certain que la religion ou un despote commandant à des milliers de sujets ont seuls pu élever un monument aussi gigantesque ; mais le premier peuple que trouve l’histoire réelle sur le sol de la Bretagne, ce sont les Gaulois de César, et vous savez que les chevaliers (l’aristocratie des Gaulois) étaient remplis de fierté et de susceptibilité.

Cela prouve, selon moi, que depuis des siècles il n’y avait pas eu en ce pays de despote puissant. Comment les cœurs ne seraient-ils pas restés avilis pour une longue suite de siècles, après un despote, et par l’effet des maximes qu’il aurait laissées dans l’esprit des peuples ?

À défaut de monuments, la bassesse des âmes ne marque-t-elle pas l’existence du despotisme ? voyez l’Asie. C’est donc à une religion qu’il faut attribuer toutes ces pierres levées que l’on rencontre en France et en Angleterre.

Ce qu’il y a de bien singulier, c’est que César, qui a fait la guerre dans les environs de Locmariaker, ne parle en aucune façon des lignes de granit de Carnac et d’Erdéven. C’est dans des lettres d’évêques, qui les proscrivent comme monuments d’une religion rivale, que l’histoire en trouve la première mention. Plus tard, ou voit une ordonnance de Charlemagne qui prescrit de les détruire.

Ces longues lignes de granit ont-elles été arrangées dans l’intervalle de huit cent cinquante années, qui s’est écoulé entre l’expédition de César dans les Gaules et Charlemagne ?

Mais un grand nombre d’inscriptions semble indiquer que les Gaulois adoptaient assez rapidement les dieux romains[1]. Ne pourrait-on pas en conclure que la religion des druides commençait à vieillir ?

  1. Recueil de panégyriques prononcés vers le quatrième siècle.