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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/208

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ŒUVRES DE STENDHAL.

me dire, et dans le fait ils ne me disent pas : Dans l’occasion nous en ferions autant. Jamais aucun roman ne m’a fait autant de plaisir. Anecdote de la marmite ; le matin, supplice des traîtres, etc., etc. Mais j’ai fait dix lieues à cheval aujourd’hui, cinq ou six à pied, et je ne puis qu’écrire à la hâte ; un ou deux superlatifs pour mémoire.

Hélas ! c’est bien toujours cette ville que Voltaire a peinte d’un mot ;

On y calcule et jamais on n’y rit.

J’aurais cru que les gens qui ont reçu de leur père une grande fortune auraient pu se dispenser de calculer ; ils sont tombés dans un autre inconvénient bien pire : le méthodisme anglais et toutes ses momeries.

Aussi le peuple les appelle-t-il momiers. Une femme jeune, fraîche, jolie, arrive dans un salon : vous croyez, vous étranger frivole, vous Français, que c’est pour être aimable et s’entendre dire qu’elle est belle. Hélas ! qu’elle est éloignée de ces pensers profanes !

Il règne dans ce salon, assez mal éclairé, un silence morne. Tout à coup une de ces dames se lève : elle se sent inspirée ; et ce pauvre petit esprit féminin, gracieux, délicat, charmant, se met à débiter des phrases à la Chateaubriand, moins le vernis chevaleresque et la noblesse du tour.

« Mais, même quand l’oiseau marche, on voit qu’il a des ailes. »

Quand une femme prêche, elle parle d’amour. On reconnaît le sexe de l’auteur à la haine furibonde que lui inspire tout ce qui peut rappeler, à cent lieues de loin, l’idée de la volupté la plus innocente. J’ai un fragment d’un de ces discours de femme momière, que je ne transcris pas ici, parce qu’au fond c’est une chose triste.

À Sienne, jolie ville de Toscane, deux enfants nus, hauts de