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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/206

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ŒUVRES DE STENDHAL.

d’elles présente en même temps un candidat. L’on va aux voix pour chaque candidat, et la majorité des suffrages décide s’il sera accepté ou refusé.

Un jeune homme reçoit un huit de trèfle ou un valet de carreau (une carte à jouer), sur lequel il voit écrit que mademoiselle une telle (qu’il ne connaît peut-être pas) le recevra avec plaisir à la soirée de tel jour. Il va aux renseignements, et finit par découvrir qu’il a été présenté par telle demoiselle de sa connaissance.

Ainsi, après le mariage de l’une des jeunes amies, la société continue, mais reçoit les jeunes gens admis par le scrutin. Tout est innocence et politesse, peut-être un peu compassée, dans ces réunions où une femme étrangère à la société ne saurait trouver place.

Il y a plus, on donne des bals ; en ce cas, la demoiselle dans l’appartement de laquelle le bal a lieu invite les jeunes gens. Ce jour-là, comme à l’ordinaire, la mère s’absente, ainsi que le père et les grands parents.

Quelquefois, tout à fait à la fin du bal, on voit arriver des pères, ou plus rarement des frères, qui viennent chercher leurs filles ou leurs sœurs. Les demoiselles que personne n’est venu chercher partent accompagnées jusqu’à la porte de leur allée par les jeunes gens de leur connaissance.

On comprendra sans peine que l’amour naît facilement au milieu de ces douces et innocentes relations ; alors il me semble que c’est celui des deux pères qui est le plus riche qui va trouver l’autre.

Chose bien singulière dans une ville d’argent, ce n’est pas l’argent qui fait ici les mariages. J’ai vu un jeune noble sans esprit, qui avait bien dix-huit mille livres de rente, épouser une demoiselle qui n’avait pour toute dot qu’un revenu viager de cinq cents francs.

Dès qu’un mariage est convenu entre les grands parents, on l’annonce à la famille et aux relations intimes. Dès ce moment,