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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/115

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

avec des crampons. Bien leur en a pris d’être aussi solides. En 991, cet édifice fut donné à des religieuses de Saint-Benoît, qui le conservèrent fort bien : il était presque intact lorsqu’elles l’abandonnèrent, en 1552. En 1576, il servait de chantier à un fermier ; un voisin envieux mit le feu au bois qu’on y avait déposé, et la violence de l’incendie fit éclater une grande partie des pierres. L’année suivante, 1577, le maréchal de Bellegarde étant venu bloquer Nîmes, les habitants, pour l’empêcher de se retrancher dans cet édifice, en abattirent la partie antérieure.

Rien n’est plus agréable et plus pittoresque maintenant que l’intérieur de ces thermes ; j’y ai passé aujourd’hui, 1er août, une heure charmante. Au milieu de la chaleur excessive, il régnait à l’ombre de ces grands murs romains une fraîcheur délicieuse.

Le sol est couvert de beaux fragments antiques de toutes les espèces. L’on peut se croire à Rome.

Tout près de ce nymphæum est une hauteur sur laquelle on remarque une ruine assez informe, appelée la tour Magne, et dont on a profité pour y placer un télégraphe ; c’est le triste débris d’un tombeau démantelé tel qu’on en voit plusieurs dans les environs de Rome, et, par exemple, à cent pas avant d’arriver à la porte d’Albano. Il n’est sorte de folie qu’on n’ait dite pour expliquer ce monument. Deiron a déclaré que c’était un phare, Astruc un temple gaulois, d’autres ont prétendu que c’était un trésor public. Tout ce qu’on peut dire, c’est que ce massif est élevé d’environ trente-neuf mètres.

En démolissant des remparts élevés en 1194, sous Raymond V, comte de Toulouse, on a découvert une ancienne porte composée de quatre ouvertures. On y lit une inscription encore très-bien marquée par les rainures destinées à recevoir les lettres de bronze qui en ont été détachées : « César Auguste, consul pour la onzième fois, et dans la huitième année de sa puissance tribunitienne, fait don à la colonie de Nîmes de ces portes et de ces murs. » Auguste posséda pour la huitième fois la puissance tribunitienne dans les six derniers mois de l’an de Rome 738 et